Après 30 ans de jeux de rôle, BioWare ferme et les licences Mass Effect et Dragon Age restent incertaines
Dette de 18 milliards de dollars, intérêts supérieurs aux bénéfices et ventes décevantes : des analystes expliquent pourquoi Mass Effect pesait peu face à EA.
En bref
- EA a annoncé le 21 octobre la fermeture de BioWare, après plus de 30 ans d’existence.
- Des analystes y voient la suite logique d’un rachat par endettement.
- Dragon Age : The Veilguard s’est vendu à environ 1,9 million d’exemplaires selon Ampere.
- L’avenir des licences de BioWare reste incertain.
Une équipe d’une cinquantaine de personnes, un jeu attendu dans plusieurs années, et une dette qui coûte plus cher que ce que l’entreprise gagne : voilà le calcul qui, selon les analystes interrogés par IGN France, a scellé le sort de BioWare. EA a dévoilé le 21 octobre une réorientation stratégique de grande ampleur, accompagnée d’une profonde réorganisation interne, qui passe par l’abandon de plusieurs projets et la disparition du studio.
Le studio canadien, célèbre pour Mass Effect et Dragon Age, ferme ses portes après plus de trois décennies consacrées aux jeux de rôle. D’après un article cité par IGN, la restructuration entraînerait la suppression de 400 emplois, un chiffre dont l’origine n’est pas précisée.
Un rachat par endettement qui laisse peu de marge
Joost van Dreunen et Piers Harding-Rolls, d’Ampere, jugent que cette fermeture était « tout à fait prévisible et parfaitement représentative de ce à quoi ressemble un rachat par endettement une fois la transaction conclue ». À leurs yeux, le sort de BioWare était sans doute scellé bien avant que EA ne soit racheté pour 55 milliards de dollars, une appréciation qui reste celle des analystes.
Les intérêts dépassent donc le résultat d’exploitation annuel. Dans ce cadre, explique van Dreunen, une équipe de 50 personnes mobilisée sur un jeu qui ne doit sortir que dans plusieurs années représente la dépense la plus simple à retrancher, quel que soit l’héritage du studio.
« Même si Mass Effect et Dragon Age ont connu un succès phénoménal, la direction insistera pour obtenir des flux de trésorerie prévisibles. Cela fait de franchises comme Mass Effect des projets de prestige »
Joost van Dreunen, analyste du secteur
De son côté, David Gibson, de MST Financial, met en avant un faisceau de causes : le passage d’EA au statut de société privée, l’obligation d’augmenter rendements et marges pour financer la dette, le coût élevé de production des jeux AAA en Occident et des jeux de rôle considérés comme pas assez rentables.
Des sorties à gros budget sous les attentes
Piers Harding-Rolls affirme que les derniers gros titres du studio n’ont pas rencontré le succès commercial attendu. Les données d’Ampere le confirment pour le plus récent d’entre eux.
| Jeu | Année | Résultat rapporté |
|---|---|---|
| Mass Effect : Andromeda | 2017 | En deçà des attentes d’EA |
| Anthem | 2019 | En deçà des attentes d’EA |
| Dragon Age : The Veilguard | fin 2024 | Quelque 1,9 million de copies écoulées sur PlayStation, Xbox et Steam jusqu’à la fin septembre, très loin des objectifs internes |
Pour Harding-Rolls, la transformation du marché premium et l’impératif de baisse des coûts suggèrent que le devenir de BioWare était déjà en discussion avant l’acquisition.
Ce qui attend Mass Effect et EA
- Le prochain Mass Effect avait été annoncé aux Game Awards 2020. L’an dernier, Mike Gamble, alors producteur exécutif, affirmait qu’il était toujours en développement.
- D’autres coupes sont attendues par van Dreunen : le mémo interne annonce déjà que l’équipe de skate sera réduite et qu’un projet Les Sims sera mis en pause. Il s’attend à de mauvaises nouvelles lors de la réunion générale d’EA en novembre, ce qui reste une prévision.
- Une reprise des licences par d’autres entreprises est jugée douteuse. Interrogé, van Dreunen répond « peut-être », mais estime ces univers trop coûteux et trop longs à exploiter. CD Projekt Red, selon lui, a déjà fort à faire avec ses propres projets.
- La série télévisée d’Amazon sur Mass Effect est toujours en cours de réalisation, d’après les informations d’IGN.
Mark Darrah, ancien producteur exécutif, est davantage enclin qu’avant à croire à une vente, tout en demeurant sceptique : EA pourrait tout aussi bien, selon lui, « oublier qu’elles ont jamais existé et les enterrer dans ses archives ».
Photo : cottonbro studio / Pexels
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