Ken Kutaragi juge que l’IA et le cloud pourraient rendre la console superflue
Le père de PlayStation parle à titre personnel, quinze ans après avoir quitté Sony, alors que la firme prépare la fin des disques pour ses nouveaux jeux.
En bref
- Ken Kutaragi imagine un jeu vidéo moins lié à une machine dédiée.
- Il met en avant le prix du matériel et les tensions sur les composants.
- Il juge peu raisonnable de maintenir la production de disques.
- Ses propos n’engagent pas Sony.
Que reste-t-il d’une console quand le jeu arrive par le cloud et que l’IA participe à sa fabrication ? Pour Ken Kutaragi, souvent présenté comme le père de PlayStation, la réponse pourrait être : plus grand-chose. D’après GameGen, il estime que ces deux technologies pourraient rendre les consoles inutiles.
L’ancien dirigeant a développé cette idée face à Video Games Chronicle, lors de l’événement Game Republic New Horizons organisé au Royaume-Uni. Il y décrit un jeu vidéo qui dépendrait moins d’un appareil dédié, à un moment où le prix du matériel devient un enjeu majeur.
Il s’agit d’une hypothèse qui lui appartient. Kutaragi n’indique ni la technologie visée ni l’échéance d’un tel basculement.
Des machines plus chères, des composants sous tension
Son raisonnement part d’un constat économique. Les machines coûtent de plus en plus cher et les composants subissent des tensions : les fabricants doivent donc, selon lui, chercher d’autres solutions. Le cloud et l’IA pourraient changer la manière de produire et de distribuer les jeux, à condition que les entreprises les exploitent pleinement.
Il évoque aussi une évolution de PlayStation vers un modèle davantage connecté. Certains responsables venus du streaming pourraient, dit-il, voir la marque comme une plateforme de contenus plutôt que comme une console traditionnelle. Cette opinion est rapportée sans qu’aucun nom ni élément de preuve ne l’accompagne.
Kutaragi admet qu’une telle orientation risque de heurter les joueurs fidèles aux machines dédiées. Dans ses propos, l’argument économique et l’attachement à l’objet se retrouvent donc face à face.
Dans cette lecture, la hausse des prix du matériel ne se traite pas seulement par des ajustements de fabrication. Kutaragi soutient que la condition décisive tient aux entreprises elles-mêmes : tant qu’elles n’exploitent pas à fond le cloud et l’intelligence artificielle, la console garde sa place, et c’est seulement dans le cas contraire qu’elle deviendrait superflue, d’après GameGen.

Il imagine ainsi un jeu vidéo moins arrimé à une machine précise, sans proposer de solution technique détaillée ni de plan daté pour y parvenir.
Le disque, premier terrain de friction
Sa vision croise une décision déjà connue : à partir de janvier 2028, Sony cessera de fabriquer des disques pour les nouveaux jeux PlayStation. Interrogé à ce sujet, Kutaragi dit comprendre que les joueurs voient dans le support physique la garantie de posséder leurs jeux. Il estime pourtant que continuer à produire ces disques ne se justifie pas sur le plan économique.
Il décrit en partie cet attachement comme une affaire de mentalité. Le jugement est tranché, et il émane de quelqu’un qui ne représente plus l’entreprise.
Ce point de vue s’inscrit dans une discussion déjà nourrie par les craintes liées à la revente, à la préservation et à l’accès aux jeux numériques. Pour les joueurs qui tiennent à leur collection, l’enjeu dépasse le format : il touche à ce que l’on détient vraiment lorsque le support physique disparaît.
Selon GameGen, ce scénario reste hypothétique. Mais venant de l’un des architectes des premières PlayStation, il illustre un déplacement du débat : au-delà du format des jeux, c’est la place du matériel dans l’expérience vidéoludique qui est interrogée.
Le débat sur le matériel rejoint ici celui des joueurs attachés à leur collection : selon le dossier, l’avis de Kutaragi s’inscrit dans une discussion marquée par les inquiétudes autour de la revente, de la conservation et de l’accès aux jeux numériques, autant de questions qui touchent directement le support physique.
Le rapprochement avec la fin annoncée des disques s’explique par le contexte de l’entretien : Kutaragi y a été questionné sur la décision de Sony, alors qu’il a lui-même quitté le groupe depuis 2007. Il répond donc en observateur, pas en porte-parole, et ses arguments sur le coût de production n’engagent pas la maison qu’il a contribué à fonder.
Photo : Nguyễn Dung / Pexels
Partager
